UN JOUR PEUT ÊTRE, une autre histoire du rap français

0 Posté par - 24 février 2014 - ZIK

Pratiquement un an de teasing avec des annonces, des dates de sortie, puis des silences radio, le documentaire Un jour peut être, une autre histoire du rap français est enfin présenté au public.

« A la fin des années 1990, alors que le hip-hop semble à l’apogée de son développement commercial et peine à se renouveler, le rap français voit naître un nouveau courant marginal aux antipodes des standards musicaux en vigueur. Ce mouvement à la créativité débridée offre au public une nouvelle interprétation du genre, imposant le non-conformisme comme marque de fabrique.

A travers les portraits des ambassadeurs du rap alternatif de TTC à Orelsan, en passant par les Svinkels, le Klub des Loosers, La Caution, Grems, Triptik…, le documentaire Un jour peut-être propose un tour d’horizon de de ce genre métissé et expérimental. Un mouvement qui a marqué toute une génération portée par les débuts d’internet.

Regard sur la naissance, l’évolution et l’héritage du rap français alternatif. Un courant musical qui a marqué le public par son audace, ses sonorités underground et l’originalité des thèmes abordés. »

En effet, à la fin des années 90 une division s’opère dans le rap français. D’un côté nous aurons droit à un rap de caillera, dur à la gloire du plus fort et de l’autre un rap dit « alternatif » avec des mecs qui racontent autre chose, abordant des thématiques jusque là inédites dans le milieu avec par exemple l’album Ceci n’est pas un disque de TTC. On grossit ici un peu l’image du rap à l’époque mais globalement c’était un peu ça.

Le décor est planté et la promesse du documentaire laisse rêveur tout amoureux du mouvement.

A l’occasion de la présentation au public du docu, nous avons rencontré Romain Quirot (réalisateur) et Antoine Jaunin (journaliste), deux des trois membres de l’équipe qui a réalisé le documentaire tant attendu.

Retour avec eux sur pratiquement 3 ans de boulot, de galères parfois, mais surtout sur un mouvement marginalisé et méconnu dont les protagonistes ont été peu médiatisés et interwiewés.

Vous êtes étonné de l’engouement sur votre page Facebook, alors que vous avez finalement très peu communiqué ? (ndlr : plus de 7000 fans sur la page).

Romain Quirot : « Un peu, c’est vrai que tout est allé très vite, mais on est surtout super content pour les artistes et tous ceux qui ont bossé sur le projet. »

A peine la page ouverte et le teaser posté, le nombre d’adhésions n’a cessé de croître de manière spectaculaire. Dès le départ, les questions de toutes part ont fusé mettant en ébullition tout un mouvement. A raison d’ailleurs car peu d’images, d’interviews et d’info au final, sont à disposition du plus grand nombre concernant cette époque.

D’où vous est venu cette idée ?

Romain Quirot : « J’avais la volonté et l’envie de réaliser un documentaire. Aimant le rap alternatif, j’ai remarqué qu’il y avait un vide, un truc pas exploité. Je ne voulais pas faire un truc de fan, mais réaliser un documentaire retraçant l’évolution de la scène rap alternative. C’est parti de là. »

Et le titre ?

Romain Quirot : « L’envie de réaliser le docu était là, on a posé la trame avec comme souhait de raconter une histoire, une autre histoire… »

Combien de temps pour la réalisation du documentaire et comment ça s’est passé ?

Romain Quirot : « On a fait la première interview en 2011 avec Teki Latex et là on commence à présenter le doc, donc ça nous a pris un peu de temps. Un jour on a même failli tout arrêter quand on s’est rendu compte que la Tour Eiffel s’est construite plus vite que notre documentaire -rires-. C’était en décembre 2012. On avait pas de pré-financement, c’est un projet qui s’est construit en totale indé, sur nos fonds propres. C’est d’ailleurs en décembre 2012 qu’on s’est mis sur Facebook et qu’on a balancé le teaser, c’était un peu le tout pour le tout, une bouteille à la mer. Finalement l’accueil a été plutôt bon !

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On avait jamais réalisé de documentaire auparavant, c’était un peu l’inconnu. Ça a été une super aventure, très enrichissante. Après comme dans tout, tu rencontres des difficultés. C’est parfois difficile de chopper tous les mecs pour les interviewer, ils ont tous des personnalités assez fortes, tout ça prend du temps. Mais au fur et à mesure, les rappeurs en parlaient entre eux et le bouche-à-oreille a pas mal aidé. 

On a beaucoup filmé donc c’est dur de choisir les rushs et de savoir quoi mettre ou pas… »

Que retirez-vous de tout ça ? De cette aventure ?

Romain Quirot : « Pas mal de bons souvenirs déjà, comme la rencontre avec Teki Latex car c’était la première et il a pas mal rejetté ce mouvement par le passé.

On a bougé dans pas mal d’ambiances et d’endroits différents, à l’image de ce rap éclectique. On se sent proche d’eux finalement.

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Le docu a été réalisé sans pré-achat, ce qui induit quelques galères, mais c’est une super expérience, on est allé au bout du truc sans lâcher. Au passage on remercie Cotone Prod qui nous a bien aidé !

On a appris à faire un docu en le faisant. »

Quelle génération(s), selon vous, ce rap a-t-il marqué ?

Romain Quirot : « Des trentenaires éclectiques, des branchés, des provinciaux, des gens qui n’écoutent pas forcément du rap, des hipsters, des mecs de la hype, bref de tout, un large public. »

Comment voyez-vous cette scène rap alternatif et ses protagonistes ?

Romain Quirot : « Ce mouvement est un vrai mouvement et une branche à part entière, ce n’est pas une parodie ! Ses rappeurs connaissaient et aimaient vraiment et profondément le rap. Mais tous ne venaient pas forcément de la « rue » ou n’avaient le « profil ». Pour exister il se sont donc mis en rupture avec ce qui se faisait pour créer leur propre style. Je pense que Teki et TTC ont un peu ouvert la brèche d’un style de rap mêlé à de l’électro comme le fera des années plus tard Kanye West avec Daft Punk. »

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Le rap actuel vous en pensez quoi ?

Romain Quirot : « Perso je le trouve ouvert et diversifié, avec par exemple Nekfeu ou un Guizmo qui sample du Françoise Hardy ».

En parlant de ces rappeurs, on a pu voir que dans le documentaire il y avait la présence de 1995 et Jazzy Bazz entres autres. Ils ne font pas partie du rap alternatif, pourquoi sont-ils présents ?

Romain Quirot : « C’est vrai, mais pour 1995 et Jazzy Bazz, sans spoiler, c’est plus une ouverture et savoir ce qu’ils ont pris de cette scène ou pas. »

Des projets ?

Romain Quirot : « En ce qui concerne le documentaire, il sera diffusé aux URBAINES de Rennes le 8 mars et à Lille aux MUSIC STORIES le 26 avril. Après d’autres dates doivent se confirmer et toutes les infos seront sur notre page Facebook.

Le prochain reportage aura lieu dans le Cantal :) »

On pourrait parler des heures de rap, de rap alternatif, de cette époque qui est passée un peu dans l’indifférence générale mais qui a pourtant bien existé et en a marqué plus d’un.

Trop en avance, trop discret ou trop underground, certains oublient bien vite que ce mouvement a été un tremplin pour bon nombre de Dj HipHop à l’époque qui se sont orientés vers des sonorités plus électro comme Dj Pone, Tacteel, Para One…

On vous conseille de voir ce docu qui est une bien belle surprise.

Un commentaire

  • Les survivants de l'ère post-TTC – Green Room Session 24 avril 2014 - 16 h 48 min Répondre

    [...] Aujourd’hui, le rap français “autrement”, ça se résume assez vite : Grems, Disiz, Dinos Punchlinovic, pourquoi pas L’Animalerie, bref, du bon mais rien de spécialement quantitatif. Leur point commun ? Ne jamais s’inspirer que de l’héritage rap mainstream des 90’s, ni des ricains d’aujourd’hui, qui, eux, ont une scène hip-hop sur-développée. Non, ils piochent dans la trap, la house, le beamtaking, le DIY, les nouvelles tendances graphiques… Une démarche structurante et un discours artistique clairement ouverts par la génération TTC, qui, bien qu’éclatée, continue de fasciner et de prescrire les tendances. Une génération qui inclut aussi bien les deux tueurs de micro de La Caution que les fêlés Svinkels, et qui s’est intelligemment fait mettre en boîte dans un documentaire dédié. [...]

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