Interview : Street Art Sans Frontières

0 Posté par - 24 septembre 2015 - Articles

Street Art Sans Frontières. Quatre mots derrière lesquels se cache une association dont le but principal est de « partager la culture street art par delà les frontières en réalisant avec les populations locales des projets artistiques solidaires. »

Vaste programme et démarche louable même si honnêtement chez INZESTREET nous sommes toujours un peu méfiant avec ce type de projet. Surtout que la mention Street Art n’est pas forcément utile dans ce cas…

Du coup on a décidé d’en savoir un peu plus et de poser quelques questions à SASF.

De quelle envie, volonté, est née l’association Street Art Sans Frontières ?

L’association est née de l’envie de mêler l’art et les voyages, l’envie de réaliser des projets dans des pays où le Street art n’est pas encore présent (ou très peu). D’abord parce que, pour nous, le voyage est une expérience en soi, mais aussi parce que le Street art est un excellent moyen de créer de l’échange avec les gens, d’ouvrir le débat, de briser certaines idées reçues, certains clivages…

L’idée, c’est d’aller à la rencontre des populations locales et de créer un lien autour d’un projet artistique commun. La peinture devient prétexte.

Atelier Serigraphie (Maroc)

L'énergie des jeunes du bidonville de Sidi Moumen (MAroc)

Qui en est à l’origine ?

L’association a été fondée par Mathieu et moi-même (ndlr: Antoine) en décembre 2014.

Nous avions tous les deux de belles expériences de voyages et de peintures et ce projet est une suite logique à nos parcours respectifs, une continuité dans notre rapport au voyage, à l’art et aux hommes.

Quel est le but de l’association ?

Le but de l’association est essentiellement de provoquer un échange avec les différentes populations du monde, et d’interroger sur la place de l’art dans les différentes cultures, la place de l’art dans la rue, et sur son intérêt. La peinture est avant tout un prétexte pour ouvrir sur une réflexion.

Nous voulons ce projet le plus accessible possible.

Origami SASF à Abidjan (Côte d'ivoire)

le projet est aussi un lien intergenérationnel (Maroc)

Dans notre démarche d’accessibilité, nous avons choisi de travailler avec des formes géométriques simples et des aplats de couleurs. Etre accessible au plus grand nombre, aux petits, aux grands, à ceux qui sont bien loin de la culture élitiste de l’art. Accessible aussi à l’idée même de création artistique.

Il existe comme un complexe artistique qui amène les gens à ne pas oser se lancer par honte de ne pas savoir dessiner. Comme si l’art n’était qu’une question de compétences techniques. Nous, nous avons pris le parti d’avoir peu de technique. Et chaque participant peut s’approprier le résultat final. Quelle réussite quand on entend des enfants plein de fierté se targuer d’avoir fait « ça ».

Participation volontaire des jeunes (Côte d'ivoire)

Origami Caméléon (Côte d'ivoire)

On pourrait venir réaliser des fresques très techniques, faire des grands wildstyles, ou des portraits réalistes, laissant les spectateurs impressionnés et repartir. Ils seraient certainement ravis, mais ce n’est pas le sens qu’on veut donner à notre projet. L’idée c’est de faire prendre part les habitants au changement de leur environnement.

Combien SASF compte de membres ? Tous basés au même endroit ?

L’association compte 6 membres pour l’instant, basés sur Nantes, Rennes, et Abidjan. Mais nous restons ouverts à toutes collaborations, aussi bien avec des artistes qu’avec toute autre personne motivée et ouverte d’esprit, désireuse de participer au projet à sa manière.

Comment s’organisent vos projets ? On fait appel à vous ? Vous proposer des projets ? 

Jusqu’ici, c’est nous qui avons pris l’initiative de faire ces voyages, et nous avons travaillé aussi bien avec des structures locales qu’en parfaite autonomie. Nous espérons continuer ainsi. Cette idée d’intervenir sans intermédiaires et de créer une relation directe avec les gens est essentielle pour nous. Nous avons maintenant des projets qui nous sont proposés. C’est  aussi ce que nous espérions. Affaire à suivre…

façade de 18m à Sidi Moumen (Maroc)

Comment financez-vous vos projets ? 

Nous avons financé nos premiers projets en majeure partie avec nos économies personnelles. Mais nous avons également reçu un soutien logistique et matériel du centre culturel des étoiles à Sidi Moumen, ainsi qu’un accueil exceptionnel de leur part.

En parallèle nous avons également reçu des dons de matériel pour faciliter la participation du plus grand nombres d’enfants à des ateliers de dessin, peinture, sérigraphie…

Quels sont à ce jour les projets que vous avez réalisés ? 

Pour cette première année de l’association nous avons mené deux projets au Maroc, essentiellement basés sur le quartier populaire de Sidi Moumen, en périphérie de Casalanca et un projet en Côte d’Ivoire, sur Abidjan et les environs.

Participation à tout âge avec la collaboration de l'artiste Djiré Mahé (Côte d'ivoire)

Fresque collective - Sidi Moumen (Maroc)

Quels sont vos futurs projets ?

Nous n’avons pas projets précis pour le moment. Nous sommes à la recherche de partenaires pour pérenniser notre action dans le temps et ne pas s’arrêter en si bon chemin.

Les pistes ne manquent pas, nous avons été contactés pour des projets au Népal et au Ghana par exemple, mais les structures manquent de fonds, nous aussi, alors nous prenons les choses dans l’ordre, il nous faut d’abord monter des dossiers de subventions et/ou trouver des soutiens financiers.

Quel est votre point de vue sur le Street Art (activité à la base illégale) ? 

Le street art s’est beaucoup démocratisé. A tel point qu’on appelle encore street art des œuvres qui sont exposées en galerie.

Mon point de vue est qu’il en faut pour tous les goûts, du plus aseptisé au plus subversif, du plus subtil au plus direct. Le street art évolue, se diversifie, mais continue à s’exprimer en dehors des tentatives de récupération, repoussant les risques et les limites. Et c’est tant mieux.

Mais si nous, nous avons fait le choix de travailler au grand jour, sans se cacher, avec des formes géométriques, des couleurs vives, c’est pour rester accessible humainement et aussi techniquement. C’est une autre démarche.

Origami SASF à Marrakech (Maroc)

Sur votre site, en construction, il est écrit que le Street Art « est gratuit, accessible à tous… » en omettant son côté contestataire, illégale. Est-ce un choix ? Le nom SASF n’est-il pas du coup galvaudé ? La mention Street Art est-elle dans ce cas utile ou nécessaire ?

Je vois le Street Art comme un mouvement très divers, qui englobe de nombreuses façons de s’exprimer et tout autant de points de vue différents sur le sujet.

Le Street Art n’est plus forcément contestataire, ni illégal, il tend d’ailleurs aujourd’hui à se détacher du message pour laisser place à de l’esthétisme pur et à s’institutionnaliser en prenant place sur des murs de libre expression prévus à cet effet. Ce qui est un comble, pour un mouvement qui par essence est sensé sortir du cadre.

De notre côté, nous avons fait le choix de nous adapter. Le fait d’animer des ateliers en public ne nous permet évidemment pas d’agir dans l’illégalité, ni de prendre position politiquement. Parfois nous devons donc demander des autorisations si le lieu l’impose. Mais bien souvent on tente de s’en passer… Ce qui nous a d’ailleurs  valu quelques complications avec la police marocaine.

Casablanca (en arabe) (Maroc)

Bataille de peinture improvisée(Maroc)

Quelles sont les prochaines étapes, envies, volontés pour SASF ? 

C’est une association relativement jeune et notre prochaine étape c’est simplement de grandir. Grandir pour gagner en moyens et en membres et ainsi développer le plus de projets possibles.

Merci à Antoine d’avoir répondu à nos questions.

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